Utile et pourtant souvent décrié

Cela fait maintenant dix ans que le mécanisme de sauvetage MES existe, afin d’éviter un éclatement de l’euro. Il est désormais question de le réformer, mais qu’a-t-il apporté jusqu’à présent ?

Aujourd’hui est le dernier jour de Klaus Regling à la tête du MES, le mécanisme de sauvetage permanent de l’euro. Après l’avoir dirigé pendant dix ans, il prend sa retraite. Le vice-président Christophe Frankel devrait prendre provisoirement le relais. Mais aucun successeur n’a encore été désigné. L’avenir du MES lui-même est également en suspens, même si les économistes lui reconnaissent jusqu’à présent un bon travail.

Klaus Regling à Luxembourg, en route pour sa dernière participation en tant que chef du MES à la réunion des ministres des Finances de la zone euro (Ecofin).

Image : EPA

Réponse à une crise profonde

Dans le langage courant, on l’appelle le fonds de sauvetage de l’euro, dans le jargon technique le Mécanisme européen de stabilité (MES). Il s’agit d’une sorte de pompier financier, créé il y a dix ans par les 17 Etats membres de la zone euro de l’époque, auxquels se sont ajoutés deux autres entre-temps, comme le rappelle l’économiste en chef du MES, Rolf Strauch.

« La création du MES était la réponse à une crise économique profonde », raconte-t-il. Selon lui, l’Europe a d’abord été frappée par la crise financière, puis par la crise de la dette de l’euro. Aujourd’hui, 220 collaborateurs travaillent au Luxembourg pour le MES. Ils peuvent accorder des crédits jusqu’à 500 milliards d’euros en cas d’urgence.

« La zone euro était au bord du gouffre »

Le plan de sauvetage devait sauver de la faillite les pays très endettés de la zone euro. L’Irlande, le Portugal, la Grèce, l’Espagne et Chypre en faisaient partie. Les bailleurs de fonds internationaux ne prêtaient plus guère d’argent à ces Etats – c’est précisément là que le MES devait intervenir. Mais des crédits avantageux n’ont été accordés que sous réserve de conditions strictes en matière d’économies et de réformes.

Pour la Grèce, cela signifiait par exemple : augmenter les impôts. Pour cela, le gouvernement a lutté contre l’évasion fiscale, allégé l’Etat, réduit les salaires et les pensions. L’économiste en chef du MES Strauch reconnaît que les mesures d’austérité étaient parfois drastiques – mais importantes. « La zone euro était confrontée à une épreuve de vérité, et sans le MES, elle ne l’aurait pas surmontée », conclut l’économiste en chef du MES.

L’argent du contribuable allemand s’évapore-t-il dans le sud de l’Europe ?

Jürgen Matthes, expert européen à l’Institut der Deutschen Wirtschaft (IW) de Cologne, est du même avis. Le plan de sauvetage a aidé les pays en crise de la zone euro et les a remis en forme : « L’une des causes de la crise de la dette de l’euro était que ces Etats avaient auparavant commis des erreurs de politique économique, qu’il a fallu corriger parfois douloureusement par des réformes ». Mais grâce à cela, les pays sont revenus sains sur le marché financier et on a pu y observer une nouvelle croissance économique, estime Matthes.

Malgré tout, le plan de sauvetage a suscité beaucoup d’opposition, non seulement dans les pays concernés, mais aussi en Allemagne. Dans ce pays, on craignait que les contribuables allemands ne doivent se substituer au sud de l’Europe, très endetté. Mais jusqu’à présent, ils n’ont pas perdu d’argent, car il n’y a pas eu de défaut de paiement, rétorque Strauch, économiste du MES. « Je suis confiant dans le fait que tous les pays rembourseront leurs dettes. Certains ont même déjà remboursé de l’argent plus tôt que prévu », poursuit Strauch.

Les crédits courent parfois jusqu’en 2070

Friedrich Heinemann, du Leibniz-Zentrum für Europäische Wirtschaftsforschung ZEW (Centre Leibniz pour la recherche économique européenne), fait toutefois remarquer que la Grèce, par exemple, ne devra en partie rembourser ses crédits qu’en 2070 : « L’UE a ainsi aidé un pays surendetté à sortir de l’ornière et a procédé à une remise de dette ». Car si l’on accorde à un pays des crédits à des taux d’intérêt préférentiels pendant une génération, on offre en principe de l’argent à cet Etat.

Malgré tout, les aides apportées par le fonds de sauvetage ne sont pas très convoitées. Sur les 500 milliards d’euros, plus de 400 milliards sont restés inutilisés, selon l’économiste en chef du MES, M. Strauch. Même l’Italie, très endettée et fortement secouée par la crise de Corona, n’a encore rien utilisé. Interprétation de Strauch : les pays ne renonceraient pas aux aides en raison des conditions qui y sont liées, mais parce qu’ils pourraient actuellement se financer eux-mêmes sur le marché. « Un service de pompiers a aussi un sens quand il n’y a pas d’incendie », souligne le représentant du MES.

Une aide future sans remède de cheval ?

Malgré tout, une réforme du MES est au moins envisagée. Ainsi, le fonds de sauvetage devrait à l’avenir pouvoir aider les pays avant même qu’ils ne se retrouvent dans une situation de détresse existentielle. Et si un Etat mène une bonne politique économique et n’enfreint pas d’importantes règles de l’UE, il doit pouvoir bénéficier d’aides même sans conditions strictes. Jusqu’à présent, deux Etats de la zone euro, l’Allemagne et l’Italie, n’ont toutefois pas donné leur accord.

Matthes, économiste de l’IW, estime toutefois qu’il s’agit en principe d’une « bonne approche » s’il est garanti que les Etats ne glissent pas vers une mauvaise politique économique. Heinemann, économiste au ZEW, est en revanche sceptique, car selon lui, les aides financières n’ont d’effet durable que si elles sont combinées à des exigences d’économies et de réformes. La Banque centrale européenne a en effet soutenu généreusement les pays de la zone euro pendant des années.